
« Le meilleur roman gothique contemporain que j'aie lu »
Notre part de nuit
Mariana Enriquez · 2019
Un père médium traverse l'Argentine de la dictature avec son fils, pour l'empêcher d'hériter de sa charge auprès d'un ordre occulte qui exige des corps.
Fiche
- Auteur
- Mariana Enriquez
- Traduction
- Anne Plantagenet
- Éditeur
- Éditions du Sous-Sol
- Édition
- Feuilleton fiction, 2021
- Langue
- FR
- Langue originale
- ES
- Pays
- Argentine
- Catégorie
- Roman
- Format
- Broché
- Pages
- 768
- ISBN
- 9782364685888
- Publication
- 1ᵉʳ janvier 2019
- Lecture
- 18 mai 2026
- Statut
- lu
- Mots-clés
- DictatureOccultismeFiliation
Critique
Résumé
Juan est médium au service de l'Ordre, une famille d'aristocrates argentins qui invoque une entité par son intermédiaire. Chaque invocation le détruit un peu plus. Son fils Gaspar a hérité du don, et Juan consacre le reste de sa vie à le lui arracher ,quitte à le mutiler, quitte à s'en faire haïr.
Mon avis
C'est le livre qui m'a réconcilié avec l'idée qu'on peut encore écrire du gothique aujourd'hui sans faire du pastiche.
Enriquez fait une chose que je n'avais pas vue faite aussi bien : elle superpose exactement l'horreur surnaturelle et l'horreur historique, sans que l'une serve de métaphore à l'autre. L'Ordre fait disparaître des corps ; la dictature argentine fait disparaître des corps. Les deux ne s'expliquent pas mutuellement ,ils coexistent, et cette coexistence est infiniment plus terrifiante qu'une allégorie.
Le roman est long, 768 pages, et change de narrateur, d'époque et même de forme ,il y a un long passage en article de presse qui fonctionne parfaitement. Il faut accepter d'être désorienté pendant une centaine de pages.
Il n'y a rien de plus difficile que d'aimer quelqu'un dont on sait ce qu'il va devenir.
Le cœur du livre n'est pourtant pas l'occultisme. C'est la question de ce qu'un père transmet malgré lui, et de ce qu'il peut détruire pour éviter de le transmettre. La dernière partie est bouleversante d'une manière que je n'attendais pas d'un roman d'horreur.
Un bémol : quelques scènes de violence rituelle sont d'une crudité qui frôle la complaisance, et le livre aurait été aussi fort avec deux ou trois de moins.
Recommandation
Oui, sans réserve, pour peu qu'on tienne 768 pages et qu'on ait le cœur bien accroché. C'est le livre que je recommande le plus souvent en ce moment.